Décès de Cherif Bassiouni, « le parrain du droit pénal international »

Conférence de presse de la Commission d'enquête sur les violations des droits de l'homme en Libye. Cherif Bassiouni, président de la Commission. (UN Photo / UNIS - Genève, 8 avril 2011)
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La Coalition pour la Cour pénale internationale voudrait partager l’expression de sa profonde tristesse face au décès du professeur Cherif Bassiouni. « Cherif était l’un des meilleurs spécialistes du monde de la justice et du droit international. Il a été un vrai champion de la Cour pénale internationale et un défenseur de longue date de la Coalition pour la CPI » a déclaré William R. Pace, coordinateur de la Coalition.

Cherif Bassiouni a été l’un des membres fondateurs du prestigieux Institut international de justice pénale et des droits de l’homme de Syracuse, et de l'Institut international du droit des droits de l’homme de DePaul.

Au fil de sa prestigieuse carrière, Bassiouni a été nommé à 22 postes des Nations-Unies, dont la présidence de la commission d’enquête pour la Libye, la présidence du Comité de rédaction de la Conférence diplomatique pour l’établissement de la Cour pénale internationale et la vice-présidence du Comité préparatoire de l’Assemblée générale pour la création d’une Cour pénale internationale et celle du Comité spécial de l’Assemblée générale pour la création d’une Cour pénale internationale.

Son travail sur la documentation des atrocités commises en ex-Yougoslavie, en tant que président de la Commission d’experts établie en vertu de la résolution 780 du Conseil de sécurité pour enquêter sur les violations du droit international humanitaire, et en tant que rapporteur spécial de la Commission sur le rassemblement et l'analyse des faits, a entraîné la poursuite de centaines de responsables de haut niveau, dont celle du président serbe Slobodan Milosevic.

Parmi ses nombreux grades honorifiques, prix et distinctions, Bassiouni a été lauréat de la Médaille des droits de l'homme William J. Butler, attribuée à quatre des principaux contributeurs de la création de la Cour pénale internationale (CPI) : Hans Corell, sous-secrétaire-général pour les affaires et le conseil juridiques des Nations-Unies ; Philippe Kirsch, président du comité plénier ; William Pace, commissaire de la CCPI, et Bassiouni lui-même, président du comité de rédaction.

Dans un communiqué, la CPI a défini le professeur Bassiouni comme « un défenseur motivé et inspirant de l’importance de la justice pénale internationale pour construire une paix durable », ajoutant : « le monde a perdu l’une des icônes de la justice internationale. Il va cruellement nous manquer ».

En réponse à cette triste nouvelle, de nombreux membres de la Coalition ont exprimé leur chagrin et leurs souvenirs :

Richard Dicker, de Human Rights Watch, a détaillé ses « nombreux souvenirs de Cherif : son dynamisme en tant que Président de la Commission d’experts de l’ex-Yougoslavie, le travail essentiel qu’il a accompli au sein de l’Institut de Syracuse sur le projet de statut de la CPI, son rôle à Rome en tant que président du Comité de rédaction, ses contributions intellectuelles… Quel rôle incroyable et quelle personne remarquable ».

« Nous nous joignons aux autres pour nous souvenir et honorer Cherif Bassiouni, un homme extraordinaire qui a apporté une contribution remarquable et unique à son domaine, en particulier pendant les négociations et les premiers travaux des tribunaux » a pour sa part exprimé Brigid Inder, directrice exécutive des initiatives féminines pour la justice des femmes. « Il était un orateur magnifique, intelligent, urbain et inspirant. Nous sommes si chanceux de l’avoir eu ».

Niccolò Figà-Talamanca, de Pas de paix sans justice, l’a décrit comme « un esprit infatigable, élégant et généreux. Il a été un excellent promoteur de la justice internationale, avec une véritable profondeur sur la question et un don pour faire avancer les choses. Richard a mentionné son rôle crucial dans l’élan politique pour le TPIY. A Rome, il a joué son rôle magistralement, en tant que président d’un Comité de rédaction qu’il a volontairement conçu pour être en partie un endroit permettant à certaines parties du texte de s’élaborer au bon rythme, afin que les accords puissent être conclus. Il a été un élément moteur et un solide avocat de notre côté lors de la campagne de ratification. Il était réellement possible de compter sur lui pour expliquer les choses clairement aux décideurs politiques, et pour leur faire bonne impression ».

« Nous, les médecins pour les droits de l’homme, nous nous rappelons également de son leadership audacieux et pionnier au sein de la Commission d’enquête qui a précédé la création du TPIY » a ajouté Susannah Sirkin, directrice des politiques internationales et des partenariats, et conseillère principale chez PHR. « Il a commandé et reçu les rapports de l'enquête judiciaire préliminaire cruciale sur la fosse commune à Ovcara, menée par une petite équipe d'experts de la PHR, qui a finalement mené à la poursuite du massacre notoire de l’hôpital Vukovar, et plus encore ».

David Donat Cattin, secrétaire général des parlementaires pour une action globale (PGA) a partagé son expérience personnelle auprès du professeur Bassiouni en ces termes : « Il m’a présenté à la PGA, et je n’oublierais jamais sa générosité et son charisme. Il était l’un des meilleurs spécialistes et chefs de file de notre domaine. Il va manquer à beaucoup ».

« Oui, il était d’un autre temps » relève Karina Bonneau, responsable du bureau international de la justice de la FIDH « J’ai tellement de souvenirs importants à New York, Rome et Syracuse, il est l’une des personnes sans lesquelles ne nous serions pas où nous en sommes aujourd’hui. »

John Washburn, coordinateur des organisations non gouvernementales américaines pour la CPI a rappelé « son énergie extraordinaire, la portée et la puissance de son savoir, son dévouement, et son pragmatisme dans la réalisation de sa vision, de ses valeurs et de ses idéaux. Je suis spécialement reconnaissant et impressionné par sa pensée et sa compréhension lorsqu’il m’a aidé pour le livre que Fanny Benedetti, Karine Bonneau et moi-même avons écrit sur les négociations du Statut de Rome. Sans doute que sa contribution la moins connue et la plus importante au succès des négociations était son travail inspiré en tant que président du comité de rédaction. Sous sa direction, les fragments de textes des groupes de travail sont devenus un Statut cohérent à part entière.

Yael Danieli a déclaré « Oui les amis, c’est une perte très triste. Il était plein de vie. Il était un grand ami des victimes, depuis la réunion initiale qui planifiait la déclaration des victimes à Ottawa en 1984, à la résolution corrective, et dans de nombreux endroits à travers le monde. Il va énormément nous manquer ».

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